Portrait
Portrait
Par Mauricio Llaver - Photographies : avec l'aimable autorisation de Catena Zapata, Matt Wilson., le 11 août 2026
Laura Catena est CEO et fondatrice du Catena Institute of Wine en Argentine. Également biologiste, diplômée magna cum laude de Harvard, elle a obtenu son diplôme de médecine à Stanford — ce qui explique sa passion à défendre les bienfaits du vin pour la santé.

Laura Catena avec un lama
Née à Mendoza, en Argentine, elle est vigneronne de quatrième génération. Elle rejoint son père, le légendaire Nicolás Catena Zapata (voir les résultats de Catena Zapata au GGIC), en 1995. Sa mission : élaborer des vins capables de rivaliser avec les meilleurs du monde — une trajectoire qui fait écho à la façon dont le Malbec a hissé l'Argentine sur la scène mondiale, comme le racontait Anya Taylor-Joy dans nos colonnes. Elle fonde également sa propre maison, Luca (voir les résultats de Luca au GGIC) à Mendoza, tout en exerçant vingt-sept ans durant comme urgentiste au San Francisco Medical Center, en Californie.
Reconnue comme le visage — l'ambassadrice — du vin argentin, Laura Catena est aussi écrivaine. En 2010, elle publie Vino Argentino: An Insider's Guide to the Wines and Wine Country of Argentina chez Chronicle Books. Un ouvrage salué par Oprah Magazine, The New York Times, The Wall Street Journal, The San Francisco Chronicle, La Nación, Town & Country, Decanter Magazine, Wine Spectator, Vinous, Wine Enthusiast, Wine Advocate et Wine & Spirits, entre autres.
L'un de ses projets les plus innovants est son incursion dans le no/low avec « Domaine EdeM » (voir les résultats de Domaine EdeM au GGIC). Elle partage ses ambitions dans cet entretien exclusif pour Gilbert & Gaillard.

Laura Catena enlacée à une vigne
Nous avons commencé à travailler cette catégorie il y a quatre ans, grâce à la recherche menée au Catena Institute of Wine, et nous vendons déjà en Europe et aux États-Unis. Le projet s'appelle « Domaine EdeM », pour « Elena de Mendoza ». Elena, c'est le prénom de ma mère : un jour, elle nous a demandé, à ma sœur Adrianna et à moi, de réfléchir à un vin à plus faible teneur en alcool. Cela s'inscrit dans une catégorie no-low devenue un segment de marché à part entière.
Nous avons trois types de vins : des désalcoolisés ; des vins sans alcool infusés aux botaniques ; et ce que nous appelons les « 7 % ». Les désalcoolisés sont produits en Espagne à partir de raisins Airén, avec une technologie qui économise beaucoup d'énergie. Les sans-alcool sont élaborés en Argentine à partir de Chardonnay et de moût, que nous infusons de botaniques en proportions variables. Ce sont tous des effervescents.
Le mouvement no/low est si récent qu'on ne sait même pas encore quels styles s'imposeront. Mais nos équipes dégustent à l'aveugle les vins qui sortent, et les nôtres l'emportent à chaque fois.
Les vins sans alcool se consomment autrement, parce que les modes de consommation sont différents. Je les considère d'ailleurs comme des « vins de remplacement » : ils sont parfaits pour ces jours entre-deux où l'on veut faire une pause avec l'alcool, sans pour autant renoncer à l'expérience du vin — qui est bien plus que de l'alcool. Le vin, c'est de la culture, c'est un moment de partage, c'est un rituel.
D'un point de vue médical, l'idéal serait de ne pas dépasser deux verres à la fois et de faire deux ou trois jours de pause par semaine. La raison de la pause n'est pas que boire tous les jours soit mauvais en soi, mais qu'il est plus facile ainsi d'éviter la dépendance. L'alcool est très différent de la cigarette : personne ne fume juste quelques cigarettes — 95 % des fumeurs fument trop. Avec l'alcool, à l'inverse, 70 % consomment modérément. Pour moi, les vins sans alcool ou à faible teneur sont pour ces jours-là — les jours où l'on ne boit pas d'alcool mais où l'on veut quand même s'offrir un verre.
Oui, mais ils doivent être vraiment bons. Les bières sans alcool sont plutôt réussies, il faut que la même chose arrive au vin. Beaucoup de vins no/low commencent à être très bons, et c'est très prometteur.
Plus de 95 % des consommateurs de produits sans alcool sont aussi consommateurs de vins classiques. Du moins aujourd'hui. Mais il est possible qu'à l'avenir, les jeunes qui ne boivent pas d'alcool aujourd'hui — par mode ou par souci de santé — entrent dans l'univers du vin par la porte du no/low.

Laura Catena, lors d’une dégustation riche en émotions
Ce qui se passe est une catastrophe en Europe et très mauvais aux États-Unis. Ce n'est pas encore aussi grave en Asie et en Amérique latine, mais la situation en Europe est très sérieuse. Je suis outrée par ce qui se passe en France, où il est interdit de dire que l'alcool peut être bon pour la santé, alors qu'il existe des milliers d'articles montrant qu'une consommation modérée peut réduire la mortalité liée aux maladies cardiaques. Cette loi ne repose pas sur la science, et cela me pousse à demander : « Comment le berceau du vin peut-il être emporté par quelque chose d'aussi peu scientifique ? » Cela m'étonne d'autant plus que les Français sont très cartésiens.
Non. Aujourd'hui, les leaders sur le vin et la santé, ce sont l'Espagne et l'Italie — et surtout l'Espagne, où une étude en cours répondra dans environ quatre ans à la question de savoir si le régime méditerranéen avec du vin est meilleur que sans. Le sujet était d'ailleurs au cœur des débats de Vinitaly 2025. Mais le problème est largement répandu et touche beaucoup de produits, comme le Parmigiano Reggiano, qui s'est vu apposer des étiquettes d'alerte pour sa teneur en sel et en matières grasses, pour des raisons politiques. Je trouve cela absurde : c'est un produit historique, artisanal, consommé en petites quantités. Et en Irlande, on va introduire une mention d'avertissement qui, à mon sens, n'est ni médicalement ni scientifiquement fondée — au point que nous avons décidé de ne plus vendre nos vins en Irlande.

Laura Catena, ancienne médecin urgentiste, cultive aujourd’hui la vigne en Argentine (crédit : Matt Wilson)
Parce que je ne vais pas mettre un mensonge sur ma bouteille, et parce que je suis médecin. Ils vont rendre obligatoire l'inscription « L'alcool provoque le cancer et des maladies du foie ». Ce n'est pas vrai ! Il faudrait dire « L'alcool en excès provoque… ». Ce qui se passe est très étrange.
Il est très clair qu'une consommation excessive augmente les problèmes cardiaques, cérébraux, psychiatriques, et peut même provoquer des cancers. Mais cela pose la question : qu'est-ce qu'une consommation excessive ? En règle générale, la consommation modérée, c'est jusqu'à deux verres par jour pour les hommes et un verre pour les femmes. Il ne faut jamais dépasser quatre ou cinq verres en deux heures : cela peut être toxique et provoquer des accidents, entre autres. Mais une consommation modérée d'alcool, accompagnée d'un repas, c'est une sorte d'aspirine aux effets bénéfiques sur le cholestérol et le système cardiovasculaire. Le problème, c'est que si l'on commence à ajouter des étiquettes disant que l'alcool est mauvais, on ne pourra plus conduire d'études comme celle en cours sur le régime méditerranéen en Espagne — une étude qui clarifierait grandement la situation. Le mouvement anti-alcool est dangereux, parce que s'ils abattent le vin, ils abattent notre civilisation historique — le vin est sacré dans de nombreuses cultures.

Laura Catena embrassant une vieille vigne
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