Portrait

De l’Entre-deux-mers au Médoc : Romain Roux, un entrepreneur né !

Le personnage est attachant. Sans doute un peu bourru comme il l’avoue lui-même, mais cela disparaît tellement vite derrière sa faconde, sa jovialité et son écoute de l’autre. Lui qui rêvait d’un destin financier a finalement choisi un métier qui vous remet les pieds sur terre chaque jour. Et il s’en accommode fort bien.

Romain ne voulait pas être vigneron. Et il explique pourquoi : « C’est un travail dur, pas forcément bien rémunéré. Mais c’est le plus beau métier du monde si l’on en vit ». En fait il voulait faire trader. « Je dors très peu et je me régalais à assister à l’ouverture des différents marchés à travers le monde ». Malheureusement en 2000, son père connait un problème de santé important et après le bac il s’oriente vers le lycée agricole afin de pouvoir venir l’aider après sa formation. « Je me rends compte aujourd’hui qu’en fait cela m’a permis de vivre avec ma famille au quotidien et aussi avec mes amis d’enfance » avoue t’il. « Alors que si j’avais trouvé un poste à Londres ou ailleurs dans la finance, je les aurais sans doute vus une fois par an seulement ».

 

Romain Roux

Le plus important : avoir une vision, un projet, des défis à relever.

 

Chef d’entreprise à 26 ans

En 2005, il envisage de cesser de travailler avec son père à cause d’un désaccord. Finalement celui-ci lui propose de créer une société dont il aura la gérance, comprenant que son fils a besoin d’indépendance et qu’il ne peut y avoir qu’une personne à la tête des affaires. Romain commente : « Cela m’a étonné parce qu’il a un fort tempérament, mais c’était clair dans sa tête, il comprenait que c’était préférable pour la bonne marche de l’entreprise ». Il a 26 ans, l’aventure commence. Soucieux de réussir à tout prix, il ne ménage pas sa peine et travaille comme un fou. Développant le commerce en décrochant notamment son téléphone pour appeler les acheteurs de la grande distribution, qu’il séduit peu à peu. L’export est ensuite amorcé. Arrive alors le temps des interrogations. L’activité connaît une croissance forte. Comment faire évoluer le business ? Quelles sont les opportunités à envisager ? Après un audit destiné à l’éclairer sur ces sujets, il décide de se lancer dans la voie de la diversification en acquérant le Château Taffard de Blaignan (Médoc) en 2013. En cinq ans, la propriété va changer de visage et passer de 21 à 68 hectares en production. Elle est revendue en 2018 pour faire l’acquisition de 3 autres châteaux (représentant quatre marques commerciales) : Plagnac, Pontey, Holden et Puy-Castéra. Ce dernier vignoble n’était pas vraiment au programme, mais sa situation près des plus grandes propriétés du Médoc est un véritable coup de cœur pour Romain. Il faut maintenant chercher à faire les meilleurs vins possibles en respectant les caractéristiques de chaque terroir. Plagnac est un Médoc qui autorise le luxe au quotidien, comme il le définit si joliment, vendu entre 5 et 7 euros, à consommer plutôt jeune, il se montre accessible rapidement, c’est stratégique. Pontey est plus dense, plus terrien, avec aussi une belle finesse de tanins apportée par une proportion de bois neuf et 90 % de merlot ce qui est très rare dans le médoc. Romain a beaucoup appris avec Pascal, qui s’occupe des vinifications et va bientôt partir en retraite. Mais l’avenir c’est Etienne (27 ans, œnologue et ingénieur-agronome) qu’il a recruté pour piloter les 3 propriétés. Comme il le dit : « Il a le bagage technique et une vision novatrice que je n’ai pas forcément ».

 

Holden fait partie du parcellaire de Puy Castéra (sur 11 hectares). Il est plus animal, plus sauvage, mais beaucoup sur le fruit. Puy Castéra enfin, c’est la plénitude, la finesse, l’élégance, sans omettre une jolie concentration qui lui assure une bonne garde. Quatre-vingt mille bouteilles sont produites et il y a même un deuxième vin : L’Octave de Puy-Castéra. A la fois clin d’œil musical et hommage au grand-père de son épouse. C’est le laboratoire oenologique d’Eric Boissenot, partenaire depuis des décennies des plus grands châteaux du Médoc qui suit le vin. Non content de cette incroyable réussite, Romain a aussi posé un pied dans d’autres appellations prestigieuses, toujours dans cette idée centrale de monter en gamme et de diversifier. Il possède désormais 2,8 hectares de Saint-Estèphe, 80 ares de Pauillac ainsi que 30 de Margaux.

 

Rendre les gens heureux

Puy-Castéra

L’environnement est au cœur des préoccupations à Puy-Castéra, dont les ruches voisinent avec le château.

 

Quand on lui demande quel est le prochain rêve à réaliser, il a une réponse de mari et de père de famille avant tout : passer régulièrement du temps avec son épouse et ses enfants. Mais professionnellement, cet hyper actif enchaîne immédiatement avec des projets. La mise en place d’une nouvelle marque, Provenance, en IGP Terre du Midi avec l’objectif de la développer dans les trois couleurs et en bag-in-box et de produire 10 millions de cols. Et comme il le dit de manière très pragmatique pour conclure :

« Mon premier rêve c’est de rendre les gens heureux, ce qui me rend heureux moi-même. Mais je ne suis pas non plus que philanthrope ! ».

 

By Sylvain Patard – Photographs : © Sylvain Robin